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Séance 2

Il était plusieurs fois

Un conte connu, passé dans une autre structure et raconté sans son héros, sous une contrainte d'écran. En binôme, pendant la première partie de la séance.

Ennio Morricone, le final d'« Il était une fois dans l'Ouest », Sergio Leone, 1968.

Le tirage

Chaque binôme tire quatre cartes : un conte, une structure, un rôle pour le public et une contrainte technique. Rien ne se choisit. Les six structures sortent toutes au moins une fois dans la classe. Un conte peut sortir deux fois, et les deux versions se comparent à la fin.

  • Le Petit Chaperon rouge (Perrault, 1697). Une petite fille porte une galette à sa grand-mère. Le loup arrive le premier et prend sa place dans le lit. Chez Perrault, il mange la petite fille. Chez les Grimm, en 1812, un chasseur les sort de son ventre.
  • Cendrillon (Perrault, 1697). Servante de sa belle-mère et de ses deux demi-sœurs, elle va au bal grâce à sa marraine, qui est fée, et doit en partir avant minuit. Elle y perd une pantoufle de verre, que le prince fait essayer dans tout le royaume.
  • Blanche-Neige (Grimm, 1812). Le miroir dit à la reine que Blanche-Neige est plus belle qu'elle. Elle s'enfuit chez sept nains, et la reine vient la tuer trois fois, déguisée : avec un lacet, un peigne, une pomme. Le prince l'emporte dans son cercueil de verre, et le morceau de pomme ressort.
  • Le Petit Poucet (Perrault, 1697). Le plus petit de sept frères, abandonnés dans la forêt par des parents trop pauvres. Les cailloux blancs les ramènent une fois, les miettes de pain non. Chez l'ogre, Poucet échange les bonnets de ses frères contre les couronnes des filles de l'ogre, qui les égorge à leur place. Il repart avec ses bottes de sept lieues.
  • Les Trois Petits Cochons (conte anglais, recueilli par Joseph Jacobs en 1890). Trois frères bâtissent chacun leur maison. Le loup souffle sur la paille et sur les branchages, pas sur les briques. Il passe par la cheminée et tombe dans la marmite.
  • Boucle d'or et les trois ours (Robert Southey, 1837, avec une vieille femme à la place de la fillette). En l'absence des ours, elle goûte leurs bols, essaie leurs chaises, casse la plus petite, s'endort dans un lit. Les ours rentrent, elle s'enfuit par la fenêtre.
  • Barbe bleue (Perrault, 1697). Le mari part en voyage et laisse toutes les clés à sa jeune femme, en lui interdisant un cabinet. Elle l'ouvre et y trouve les corps des épouses précédentes. La clé reste tachée de sang. Ses frères arrivent à temps et le tuent.
  • Jack et le haricot magique (conte anglais, imprimé par Benjamin Tabart en 1807). Jack échange la vache de sa mère contre des haricots. La tige monte jusque chez un géant, à qui il vole de l'or, une poule aux œufs d'or et une harpe. Le géant le poursuit, Jack coupe la tige.

Ces résumés suivent une version parmi d'autres. Chacun part de celle qu'il connaît, et deux binômes n'ont pas toujours la même.

Le héros n'est pas le point de vue

Dans Le Petit Chaperon rouge, le public ne joue pas la petite fille et ne voit jamais la scène par ses yeux. Elle n'apparaît que quand un autre la croise : le loup dans le bois, la grand-mère à la porte, le chasseur à la fin. La règle vaut pour tous les contes et toutes les structures. En parallèle, les fils suivent donc les autres personnages, et le héros passe de l'un à l'autre sans avoir de fil à lui.

La place du public est tirée parmi les quatre de la grille des rôles. Chacune dit qui est le public dans le conte, et sur quoi il a prise.

  • Un personnage. Le public devient quelqu'un du conte, avec son nom, ce qu'il veut et ce qu'il sait. Il agit à sa place et ne voit que ce que ce personnage voit. Joué depuis le loup, le Chaperon rouge est une proie qu'on suit dans le bois. Le personnage ne peut pas être le héros, et c'est le seul choix laissé au binôme : le loup, la belle-mère, le miroir, l'ogre.
  • Un fantôme. Le public est là sans corps. Personne ne le voit, il ne touche à rien, et le conte se déroule sans l'attendre. Il choisit seulement où regarder et quand : rester chez la grand-mère pendant que la petite fille fait des bouquets, revoir la scène du lit depuis un autre coin de la chambre.
  • Une divinité. Le public est hors du conte et en tient les leviers. Il ne parle à personne, il change les conditions : la longueur du chemin, l'heure où passe le chasseur, la porte de la grand-mère fermée ou non. Les personnages ne savent pas qu'il existe.
  • Soi-même. Le public reste la personne assise devant l'écran, avec son prénom, l'heure qu'il est chez elle, ce qu'elle répond. Le conte s'adresse à elle. Au début, la mère lui demande son prénom et lui dit de ne pas parler aux inconnus. Dans le bois, le loup la salue par ce prénom, que personne ne lui a donné.

Les structures

Pour redessiner son conte, le binôme commence par répondre à la question de la structure qu'il a tirée.

StructureQuestion
ÉlastiqueQue découvre-t-on en s'arrêtant sur un caillou blanc du Petit Poucet, avant de reprendre le chemin ?
ParallèleQue fait le loup pendant que le Chaperon rouge cueille des noisettes ?
ConcentriqueComment le prince, une demi-sœur et la marraine racontent-ils le même bal ?
EmbranchementsEt si la femme de Barbe bleue n'ouvrait pas la porte ?
ConstellationLe miroir, le lacet, la pomme, le cercueil : que raconte chacun s'il est trouvé en premier ?
À étatÀ la troisième montée de Jack, qu'est-ce que le géant a déjà perdu, et le sait-il ?

La contrainte technique

Le conte se joue sur un écran, avec une seule de ces contraintes :

ContraintePar exemple
Pas d'image : du texte et du sonBarbe bleue en texte seul. La porte du cabinet s'ouvre au bruit de la clé dans la serrure.
Que du son : l'écran reste noirLe Petit Chaperon rouge dans le noir : les pas sur le chemin, puis une voix de grand-mère qui sonne faux.
Pas de sonCendrillon sans musique de bal. Minuit se lit sur l'aiguille de l'horloge.
Pas un mot : ni texte ni voixLes Trois Petits Cochons en images : la paille, les branches, la brique, et le loup qui gonfle les joues.
Un plan fixeLa chambre de la grand-mère, cadrée depuis le pied du lit. Le reste du conte se devine par la porte.
Une fenêtre minusculeLe trou de la serrure du cabinet de Barbe bleue. On ne voit que ce qui passe devant.
Un seul boutonBoucle d'or : le même bouton pour goûter, s'asseoir et se coucher. Appuyer trop longtemps casse la petite chaise.
Que le scrollLe haricot de Jack : on scrolle vers le haut pour grimper, vers le bas pour fuir le géant.
Le curseur, sans clicLe Petit Poucet dans la forêt la nuit. Le curseur est une lueur, et les cailloux blancs n'apparaissent que là où il s'attarde.
Écrire : le public tape ses motsLe public est sœur Anne en haut de la tour. « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Il tape ce qu'il voit.
La voix : le micro est ouvertLe public souffle dans le micro pour faire tomber les maisons des trois petits cochons.
Le visage : la webcam est alluméeLe miroir de Blanche-Neige, c'est la webcam. Il regarde le public avant de dire qui est la plus belle.
Temps réel : le conte suit l'heure qu'il estCendrillon : le bal commence le soir, et minuit sonne à minuit.
Trois minutes, du début à la finBarbe bleue : trois minutes, le temps que les frères arrivent.
Pas de retour : ce qui a été vu ne se revoit pasLe Petit Poucet : derrière le public, les oiseaux mangent les miettes de pain.
Une seule fois : l'œuvre ne se joue qu'une fois par personneLe Petit Chaperon rouge : qui a parlé au loup ne peut plus recommencer, la page s'en souvient.
Plusieurs jours : un épisode par jourLes trois montées de Jack, une par jour.

Certaines combinaisons paraissent impossibles, une constellation au scroll ou un arbre à un seul bouton. Elles restent dans le tirage.

Le dossier

1h30, un dossier par binôme, fait en classe et montré pendant la mise en commun. Le format est libre tant qu'il s'ouvre au vidéoprojecteur : une page ou une maquette générée avec une IA, un Figma, un Twine, un montage vidéo. Les croquis photographiés et les médias tournés au smartphone y entrent tels quels. En tête, les deux noms et les quatre tirages.

1. Le conte

Le binôme raconte le conte tel qu'il le connaît et le pose en ligne : huit à dix scènes numérotées, une phrase chacune, dans l'ordre. C'est la version de départ, celle que la structure tirée va défaire. Les scènes où le héros est seul sont marquées : la règle du point de vue les rend invisibles.

2. Deux parcours

Deux personnes jouent le conte. Leurs deux traversées sont écrites, cinq lignes chacune : les scènes vues, dans l'ordre, et ce que chacune a compris de l'histoire en sortant. Les deux parcours doivent différer par autre chose que l'ordre des scènes.

3. Le golden path

Le binôme ne présente pas le conte entier. Il choisit un seul parcours, le plus parlant, et le montre en six scènes, du premier écran au dernier. L'interactivité, elle, doit s'y voir en entier. Chaque moment où le public agit est montré, avec son geste et ce qu'il change. Là où le public aurait pu faire autrement, l'écran laisse voir l'autre possibilité, même si le parcours ne la prend pas. Quelqu'un qui découvre le golden path sans explication doit comprendre comment on joue.

Un croquis à main levée suffit. Une photo, une courte vidéo ou un bruitage enregistrés au smartphone sont encore mieux, et une image ou un son générés par une IA aussi : un écran sous la contrainte Que du son se fait entendre, il se décrit mal. Sous chaque écran :

  • ce que le public voit ou entend ;
  • le geste qu'il peut faire, ou le fait qu'il n'en a aucun ;
  • ce qui change à l'écran après ce geste.

La contrainte technique s'applique aux six. Un écran qui pourrait exister sans elle est à refaire. L'un des six montre le héros vu par un autre.

L'évaluation

La lecture vérifie que les deux parcours racontent deux histoires, et que la contrainte se voit sur chaque écran. Le golden path, montré seul, doit suffire à comprendre l'interactivité.